Ma missive à Macron et à son gouvernement

Macron, à mon tour, je t'écris une lettre que tu ne liras certainement pas mais d'autres le feront et t'écrirons peut-être à leur tour...

Macron, je me permets de te tutoyer parce que, d'une part j'ai tout juste l'âge d'être ta mère et que ton immaturité politique dont tu as dit haut et fort que tu la revendiquais1 nous donne le droit de te parler comme à un mauvais élève.

Je n'ai pas le talent d'une écrivaine et on ne diffusera pas ma lettre sur les radios publiques, peut-être aussi parce qu'elle sera beaucoup moins convenue. Mon papier à lettre sera moins raffiné mais mon encre plus nourrie. Je ne vais pas me limiter à l'exercice de style.

"Je ne laisserai personne dire qu'il y a eu du retard..."

Ton premier ministre, Edouard Philippe a martelé2 :
  - Au moment ou nous avons pris cette décision de confinement, il y avait moins de 8 000 cas et moins de 200 morts de la maladie. Chacun pourra apprécier les moments ou les gouvernements ont pris cette décision mais je ne laisserai personne dire qu'il y a eu du retard sur la prise de décision s'agissant du confinement.

Je te laisse apprécier la minoration de la situation par l'emploi de la formule "moins de". Moins de 8 000 cas. Moins de 200 morts. Je te laisse aussi apprécier le fait que ton premier ministre a limité cette interdiction de critiquer au seul confinement et pas à la gestion globale de la crise sanitaire qu'il sait très bien être désastreuse. Impératif, ton premier ministre mais prudent tout de même !

Signalons juste que l'Italie avait déjà sonné l'alarme ainsi que les autorités de santé des Etats-Unis4 quand la France a accepté de laisser, le 26 février, entrer 3000 supporters italiens pour un match de foot à Décines dans la banlieue de Lyon. Pourtant trois députés LREM3 avaient demandé au ministre de la santé Olivier Véran,, d'être prudent et de ne pas le faire. Demande à laquelle ton ministre a répondu nonchalamment  qu'il n'y avait pas de malade dans la zone italienne d'où venaient ces supporters, ce qui était faux5 mais le ministre s'était-il renseigné autrement qu'en ce qui concernait les enjeux financiers ? 

Je te rappelle que l'Italie était un foyer de contagion facile à observer et que les constats y étaient terribles. L'Italie a décrété le confinement le 9 mars et l'a appliqué le 11.

Quand l'Italie alertait ses voisins et leur disait de protéger leur peuple, toi tu fanfaronnais encore, genre "nous en France, même pas peur" !

11 MARS 2020

Le lendemain, tu nous faisais un si beau discours6 qu'on aurait cru, dans tes derniers paragraphes que tu t'étais inspiré du programme de la France Insoumise. Pourtant je m'étais demandé alors ce que tu entendais par "gagner du temps" une expression que tu as répétée plusieurs fois.

Le 17 mars tu décrétais finalement le confinement pour la France. Et sans attendre, tu pointais du doigt ceux qui continuaient à dire, comme tu l'avais fait si peu de jours avant "même pas peur". Le 18 mars, les contraventions pleuvaient.

Macron, ton naturel est revenu au triple galop !

Tu vois, Macron, avec ce discours du 12 mars, je m'étais dit que peut-être tu avais réalisé que ta politique n'était pas la bonne, qu'avoir tout fait pour donner le coup de grâce à nos services publics était une énorme erreur.

Que veux-tu, nous on est du genre à donner leur chance aux mauvais élèves, à croire qu'un criminel peut se racheter. Rien de religieux là dedans, non. Je ne parle pas de rédemption mais de prise de conscience. Les gens comme moi, on a encore la naïveté de croire que lors d'une crise aussi terrible que celle que nous vivons, les priorités changent pour ceux qui nous dirigent.
La priorité des priorités, pour nous, c'est la vie, c'est bête hein ? C'est la vie, la vie de toutes et tous, de ceux qui ont réussi comme de ceux que tu appelles des riens.

J'ai vite réalisé que rien n'avait changé sur l'échelle de tes priorités dès le 18 mars ou 4100 contraventions étaient déjà dressées. Seulement 7 jours après que tu aies claironné que nous, les Français, nous continuerions à sortir, rire et danser, boire aux terrasses des cafés et se détendre aux concerts.

C'est un peu facile de dire que les Français ne comprennent que par la punition. Tout ton "règne" n'est fait que de ça. Répression, punition. De temps en temps toi et les tiens prononcez le mot "pédagogie". La pédagogie c'est l'art d'enseigner aux enfants. Dans les pensionnats du 19e siècle, la punition corporelle faisait partie de la pédagogie, aurais-tu une nostalgie maladive de ce 19e siècle que tu nous y ramènes de toutes les façons ?

Tu nous ramènes au 19e siècle notamment par tes ordonnances qui rallongent le temps de travail et raccourcissent le temps de congés... d'autres que moi s'expriment sur le sujet, je ne le ferai donc pas.

Quelle sera ta punition à toi, pour avoir tout négligé, tout détruit de notre pays en n'ayant en ligne de mire que la bulle financière qui pour toi brille d'une lumière mystique ? Nous le verrons plus tard mais punition il y aura.

Attestation de déplacement dérogatoire

Mais qui donc a eu cette idée ? Et pour quelle raison réelle ?

Souvent, on ne réfléchit aux choses que lorsqu'on est confronté à une réalité précise. Il se trouve que les gendarmes m'ont contrôlée le 18 mars. A la télé, on donnait des informations contradictoires (étonnant, non ?) sur les sorties "sportives" ou dictées par le bien-être de nos animaux. 

Je demande alors à la jeune gendarmette qui regarde mon attestation si j'ai le droit d'aller me promener dans le bois près de chez moi. Je précise que c'est un bois où jamais on ne rencontre personne. Elle me répond, très affirmative :
  - ah non ! Confinement total !

Bon d'accord, c'est donc pour ma sécurité qu'elle me demande de ne pas aller marcher seule dans un bois désert. Pourquoi pas !

Mais elle se ravise :
   - sauf si vous remplissez votre attestation, là vous avez le droit.

Ah bon ? Mon attestation va donc me protéger du virus ? Comment dois-je l'utiliser ? Comme masque peut-être puisqu'on n'en trouve plus nulle part et ce, depuis déjà plusieurs semaines avant que toi, Macron, ne décides le confinement.

Depuis, je remplis consciencieusement mon attestation et avant de la plier dans ma poche, je lui glisse un petit mot " je compte sur toi pour me protéger du virus, hein!"

Pour le moment, il semble que ça fonctionne, je n'ai aucun symptôme de la maladie. Je dis bien il semble puisqu'il est impossible d'être testé si l'on n'habite pas Marseille ou si on n'est pas déjà gravement malade. Alors je prends tout de même quelques précautions au supermarché, je ne touche à rien sans avoir utilisé une lingette pour essuyer portes, poignées de chariot et portillons. J'ai toute confiance en la protection magique de l'attestation que ton gouvernement a étudiée à cet effet mais deux précautions valent mieux qu'une, dit-on. Pour le moment, on ne constate pas de pénurie de lingettes, ouf !

Pompe à fric

Puisque l'attestation ne semble servir qu'à s'autoriser soi-même à un peu de liberté sans aucun lien avec les dangers réels encourus par les risques d'infection, je ne lui vois qu'une utilité concrète : celle de remplir un peu les caisses de l'Etat en pénalisant les gens qui ont eu le malheur de ne pas la remplir selon la vision qu'en a le policier qui contrôle, surtout si vous avez une tête qui ne lui revient pas. (voir vidéo ci dessous) 

Aux dernières nouvelles, j'ai lu que ta petite attestation t'avait rapporté plus de 30 millions d'euros. Pas mal.
Mais tu aurais pu taper tes potes ! Tu sais, ceux qui avaient, en moins de 48 heures, promis des 100 et 200 millions pour reconstruire Notre Dame. Pour sauver la vie de millions de Français, ils peuvent faire un effort, non ? Et puis s'ils ne le font pas de bonne grâce, tu as le pouvoir de leur en prendre une partie. Tu sais, ISF, CICE, Flat Tax, évasions fiscale... ça frise les 100 milliards, là, non ? 
Non, pas eux voyons, tu veux pas les déranger, ça se fait pas ! Tu dis non ? Ah bon ! Tu veux bien t'expliquer sur le sujet ? Lâcheté sans doute...

Finalement Macron, pour un banquier, t'es un gagne-petit, du coup, ton ministre du budget, les yeux innocents et la bouche en coeur, a choisi de faire la manche7 pour remplir un peu la cassette. On verra le résultat. En tous cas, pour ma part je ne te donnerai pas un centime. Je préfère aider concrètement des personnes autour de moi, au moins je sais à quoi servent mon temps et mon argent.

Et nous voici justement à la question de l'entraide nationale...

Solidarités, rôle d'un Etat empathique et protecteur.

Je vais m'abstenir de disserter du manque de tout, masques, tests, gants et blouses pour le personnel soignant, protections pour les personnes qui travaillent, besoins des hôpitaux et des EHPAD. Même en admettant qu'on ne pouvait pas prévoir une épidémie, ce que ça aussi je réfute puisqu'une épidémie de grippe exceptionnellement grave est prévisible chaque hiver, qu'as-tu fait depuis que Buzyn a prévenu que la crise allait être dévastatrice ? Que fais-tu encore aujourd'hui ? Des entreprises diverses se proposent de fabriquer des tests, des masques, des respirateurs, des bouteilles d'oxygène... ou en est-on ? On ne sait pas. Véran donne des chiffres précis mais sur des données de lieux et de temps vagues ou inexistantes. 

J'ai regardé les infos au début, tu sais, BFMTV, LCI, CNews... je ne le fais plus du tout. Je préfère en trouver les extraits informatifs sur internet et le reste du temps, après avoir écouté et lu divers scientifiques, regarder les chaînes musicales, documentalistes ou de cinéma. J'ai de la chance, moi, j'y suis abonnée. Pas tout le monde, beaucoup de gens n'en ont pas les moyens.

Quelques médias ont mis leur support gratuitement à la disposition de tous, au moins le temps de la crise. Mais, toi, Macron, n'étais-ce pas ton rôle de demander la gratuité de tous les médias de divertissement et aussi de tous les articles publiés sur le net et qui concernent les informations sur le COVID-19 ? Il est inacceptable que des articles spécifiques à la crise dramatique que nous vivons soient "réservés aux abonnés".

Quand ce sont les Barbier ou les Cymès qui donnent leur avis au lieu de nous montrer régulièrement une discussion respectueuse entre scientifiques d'opinion divergente, comment se faire une opinion sur l'état des lieux à propos de la maladie, du virus et des solutions médicales à apporter ? Que les éditorialistes restent confinés chez eux, leur rôle n'est pas essentiel. 

En Creuse, depuis le lundi 30 mars, soit presque deux semaines après le début du confinement, la gendarmerie a instauré un service aux personnes âgées et/ou dépendantes pour les aider concrètement à faire leurs courses et pour les rassurer psychologiquement.
Combien de départements en France ont fait de même ? Je n'en sais rien.

Certaines mairies donnent un numéro de téléphone où s'adresser en cas de difficulté, d'autres non. On m'a rapporté qu'une mairie avait répondu "ce n'est pas le rôle de la mairie" que d'aller faire des courses pour une personne de 84 ans non motorisée. C'est le rôle de qui alors ? Les associations font ce qu'elles peuvent, sans protection efficace. Les gens s'organisent entre eux avec parfois la peur d'être verbalisés qui prévaut sur la peur d'être contaminés. Cet état de fait est-il normal ?

Quelles consignes ont donné les préfectures mis à part de mettre le plus de prunes possible ? Je n'en sais rien. Personne n'en sait rien !
N'est-ce pas à ton gouvernement, Macron, de donner des ordres pour tisser un tissu d'aide officiel à travers tout le pays, par le biais des préfectures et des mairies ? Il y a un site internet, la belle affaire ! Combien de personnes, et surtout parmi les plus vulnérables, n'y ont aucun accès ou ne sont pas à même de s'en servir utilement ? 

Où sont les numéros de téléphone locaux pour soutenir les personnes qui ne supportent pas la solitude du confinement ou qui se trouvent piégées avec un mari violent, ou sous la domination d'un parent devenu fou par la charge supplémentaire due au confinement ? Appeler les secours est un parcours du combattant !

Où sont les messages officiels encourageants, les appels à être attentif à ses voisins, à ses proches, aux gens qui meurent dans la rue ? J'ai entendu 100 fois les consignes sur les "gestes barrière". C'est le seul message récurrent sur les ondes. Le seul et unique. La bataille contre le virus se résume-t-elle à ça ?

On comptera les morts, ceux dus au virus et puis les autres !

Combien de suicidés, combien de morts par abandon total, combien de morts par violence domestique va-t-on déplorer à la fin du confinement et même ensuite ? Tu t'es posé la question, Macron ? 

Tu t'en fiches, les personnes qui composent le peuple français ne sont que des fourmis, il y a la cour de la Reine et puis les autres : ouvrières pour certaines, soldats pour d'autres et inutiles pour le reste. Les ouvrières et les soldats se remplacent, les inutiles sont... inutiles et elles peuvent bien disparaître.

J'ai combattu de toutes mes forces une vision d'apparence complotiste mais j'ai beau tout retourner dans tous les sens, j'en arrive toujours à la même conclusion :
Macron, à la lumière de tout ce que ton gouvernement a fait et continue de faire contre les intérêts des personnes qui composent le peuple français et à la lumière de tout ce qui devrait être fait et ne l'est pas pour le bien-être de ces mêmes personnes, il m'apparaît que la guerre que tu fais n'est pas du tout contre le virus mais bel et bien contre le peuple de France.
Nous voudrions pourtant tellement que tu nous prouves le contraire ! 

Mais pour le moment, les riens qui vont mourir ne te saluent pas, Macron.

 

Tu vois, Macron, si tu étais un vrai chef d'Etat, c'est ainsi que tu parlerais. 
 

Ceci est la lecture du texte que j'ai publié sur mon blog ce matin. Je l'ai illustré avec des extraits du film de Charlie Chaplin : "Le dictateur". Toute idée de trouver une ressemblance avec un personnage dirigeant actuellement la France est, bien entendu, tout à fait extravagante.

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